ECRIRE LE PASSE: ENTRE HISTOIRE ET LITTERATURE?French Studies Bulletin

About

Authors
M. Braganca
Year
2014
DOI
10.1093/frebul/ktu024
Subject
Linguistics and Language / History / Language and Linguistics / Cultural Studies / Literature and Literary Theory

Text

France and internationally. In the issue of  July , a cartoon appeared about the Pope accompanied by the commentary: ‘Le Pape aime les pauvres! […] Comme les capitalistes aiment l’argent… la misère est le trésor de l’église’ (p. ).

Charlie is a manifestation of French intellectual culture. Its ridiculing of the vices of society and, in particular, its criticism of state institutions and the Church are certainly reflective of long-standing satirical traditions. However, exposing and mocking political power does little to influence public discourse in the early decades of the twenty-first century. Faced with this reality, Charlie seeks to adopt a stance that is minimally in thrall to power,while at the same time trying its best tomaintain its independence andprovocative edge.One of themainmethods of achieving this is its use invective vocabulary, which devalues power in all its manifestations as much as possible and is least exposed to this very power. However, how effective such a ‘Charlie hebdo strategy’ ultimately is as a response to ideological hegemony remains an open question.  The interview with Gérard Biard took place on  July  (author’s personal archive).  The ‘Affaire Cahuzac’ exploded in the spring of  after the exposure of the country’s Finance Minister, Jérôme

Cahuzac, who was trying to conceal his foreign bank accounts (specifically, in Switzerland and then in Singapore). In

December , the Mediapart news portal published the first reports on the existence of foreign accounts in the name of the Minister of Finance. The subsequent investigation, which prompted Cahuzac’s eventual admission of guilt and resignation, sparked widespread public outcry in France.  For a relatively recent overview of debate in this area, see Scott Lash, ‘Power after Hegemony: Cultural Studies in

Mutation?’, Theory, Culture and Society, : (), –. See also Judith Butler, Ernesto Laclau and Slavoj Žižek,

Contingency, Hegemony and Universality: Contemporary Dialogues on the Left, Phronesis (New York and London: Verso, ), and Michel Foucault, Les Mots et les choses (Paris: Gallimard, ).  Interview with Gérard Biard (author’s personal archive).  ‘Caricature de Mahomet: le site de Charlie Hebdo inaccessible’. Available at: <http://tempsreel.nouvelobs.com/ monde/.OBS/en-direct-caricatures-de-mahomet-le-site-de-charlie-hebdo-inaccessible.html> [accessed May ].  LaVie deMahomet – première partie: les débuts d’un prophète (Paris: Éditions Rotatives, ) andLaVie deMahomet – deuxième partie: le prophète de l’islam (Paris: Éditions Rotatives, ). doi: ./frebul/ktu ÉCRIRE LE PASSÉ: ENTRE HISTOIRE ET LITTÉRATURE?

MANUEL BRAGANCA, Queen’s University, Belfast

Plusieurs centaines de romans prenant pour cadre la Seconde Guerre mondiale ont été écrits et publiés en France entre  et .Cependant, et demanière quelque peu surprenante peut-être puisque la Seconde Guerre mondiale a généré bien des débats houleux, relativement peu de polémiques entourèrent la sortie de ces romans,même après les années  quand ‘le miroir se brise’ et plonge la France dans sa phase ‘obsessionnelle’, pour reprendre la terminologie bien connue de Henry Rousso. Il y a pourtant deux exceptions notables, toutes deux contemporaines: Les Bienveillantes () de Jonathan Littell, et Jan

Karski () de Yannick Haenel. Majoritairement loués dans un premier temps, ces deux romans s’attirent bientôt les foudres de certains critiques et historiens. Cela peut sembler quelque peu paradoxal puisque si le premier roman nous raconte l’histoire d’un ‘salaud’, le second nous raconte celle d’un héros. Ces polémiques, qui ont été très bien analysées par d’autres critiques, interpellent par leur contemporanéité ainsi que par la similitude de leur réception. Elles nous renseignent évidemment sur le régime mémoriel de la Seconde Guerre mondiale en France (et, au-delà, en Europe occidentale) qui place la Shoah en son centre.Mais il convient aussi de se demander si ces polémiques ne trouvent  [] at U niversity of California, San Francisco on D ecem ber 11, 2014 http://fsb.oxfordjournals.org/

D ow nloaded from pas leur origine dans l’aboutissement d’un changement progressif mais profond des modalités d’écritures historiques et romanesques commencé au lendemain de la Seconde

Guerre mondiale.

Après , grâce aux travaux de Paul Ricœur, deMichel de Certeau, d’HaydenWhite et d’autres, les historiens prennent progressivement conscience de la subjectivité de leur discipline, de sa dimension discursive: ils réalisent graduellement que l’histoire, pour le dire dans les mots d’Antoine Compagnon, est ‘une construction, un récit qui, comme tel, met en scène le présent aussi bien que le passé; [le] texte [de l’historien] fait partie de la littérature. L’objectivité ou la transcendance de l’histoire est un mirage, car l’historien est engagé dans les discours par lesquels il construit l’objet historique.’ Rappelant certaines formules du XIXe siècle qui liaient volontiers l’histoire et le roman, Paul Veyne écrit par exemple que ‘l’histoire est un roman vrai’: [L]es historiens racontent des événements vrais qui ont l’homme pour acteur; l’histoire est un roman vrai […]. L’histoire est récit d’événements: tout le reste en découle. Puisqu’elle est d’emblée un récit, elle ne fait pas revivre, non plus que le roman. Comme le roman, l’histoire trie, simplifie, organise, fait tenir un siècle en une page.

La reconnaissance progressive de leur subjectivité s’accompagne chez les historiens d’un intérêt renouvelé pour l’histoire événementielle, pour l’histoire politique, mais aussi pour la biographie: les ‘structures’ mises en avant par l’École des Annales s’effacent devant l’événement, le lieu, l’homme ou (plus rarement) la femme, parfois anonyme ou presque, dans des essais de micro-histoire ou d’anthropologie historique qui se multiplient à partir des années . Citons par exempleLe Dimanche de Bouvines () etGuillaume le Maréchal () de Georges Duby,Montaillou, village occitan () d’Emmanuel Le Roy Ladurie, ou encoreLeMonde retrouvé de Louis-François Pinagot () d’Alain Corbin. Ce dernier ouvrage, sous-titré ‘sur les traces d’un inconnu, –’, est la biographie d’un sabotier de la